lundi 3 novembre 2008

If Montreal could burn

Dehors il y avait une lumière orangée, comme si le ciel rendait hommage aux feuilles tombées.
Un suicide collectif et automnal animait le quartier.

Plus tôt dans la journée les enfants s'étaient lancés dans un tas de cadavres. 
Le sourire fendu jusque là, le rire forcé pour qu'ils croient qu'ils s'amusent bien.
On ne sait pas trop comment rire à cet âge là, on découvre ses cordes vocales comme on découvre son corps. Et souvent on est mal à l'aise avec. Ça chatouille ici, ça fait mal là.

Et ils se lancent dans les morts, tombés du ciel comme des anges tirés avec une 22. 
Je me plais à me dire que chaque feuille qui tombe est un corps enterré, quelque part.
Ailleurs, on trouve que la mort est un sujet sérieux. Ici, on joue avec.

Si l'hiver est la saison morte, alors l'automne est la saison de l'agonie.

vendredi 31 octobre 2008

Les portes du saloon

De retour sur les ondes western. Je me suis accordée sur les beats d'un harmonica.
Je suis toujours une fille du Far-West, mais avec des mitaines.
Peut-être que cela m'adoucit, je n'en sais rien.

J'écoute mes country boys, j'observe les vautours de loin.
C'est fou comme ils peuvent être sournois et à la fois si...évident.
Il suffit de savoir regarder vers le haut, vers l'avenir. Mais quand on oublie de le faire, les Apaches savent nous prendre au dépourvu. J'en ai buté 2-3 pour l'hiver. Qui sait, ça se mange peut-être, des vautours. Un petit goût faisandé, you know.

J'ai quitté les rangs intellectuels, le goût de performance. Le saloon de l'université ne m'apportait guère de plaisir, ni d'honneurs. Le rodéo mental, c'est pas trop mon truc. J'erre dans le savoir comme Lucky Lucke erre dans le coucher de soleil. Je machouille un brin d'herbe au lieu d'un corpus de textes incompréhensibles. Ça me va bien.

On galope à son rythme. That's it. 

Récemment, ma vie dans la forteresse du savoir me faisait réaliser comment les portes closes pouvaient être ennuyantes. Messieurs, il n'est pas question d'un bordel, plein de jarretelles et de cuisses généreuses. Quoique le taux d'hormones qui y flottent est sûrement comparable. Fille du far-west ne se destine certainement pas à un tel avenir. Fade et théorique. Mon mandat: foutre le bordel dans l'écosystème yankee.

Jusqu'à présent Jack G. and Matthew the magicians sont mes plus fidèles adjudants. Dans la théorie du réalisme, post néo penseur, nous sommes les champions. Ils n'auront jamais rien vu venir, c'est saletés de sauvages. N'est-ce pas barbare d'éduquer ainsi la jeunesse et de leur retirer le peu de plaisir qu'ils puissent en tirer?

mardi 9 septembre 2008

(Un)Lucky Luke

"Oyez, Oyez!"
 La pancarte accrochée sur le premier pendu de notre université commençait comme ça.
Comme il y avait quelques mouches et de la chiure de sang sur le reste (c'était un cadavre, veut veut pas), je n'ai pas pu lire les raisons exactes pour lesquelles le traître avait été exécuté. Peut-être qu'il était fédéraliste, ou encore ami des Indiens. Ou alors, revendiquait le droit au libre-échange...Dans une université aussi impitoyable que la mienne, on oublie. Le Far-west de la connaissance ne fait pas de pitié. Encore moins de tolérance.

Un première année, sans aucun doute. Comme les initiations commençaient, les pendus étaient monnaie courante; les plus faibles étaient pris à part et ultérieurement pendus, comme des pinatas (avec vague sur le n) du Dollar-west.

C'est dommage que la sélection naturelle soit tombée sur lui. Lors des festivités du début de nos classes de cow-boy, je me souviens avoir bu quelques whiskys en sa compagnie. Lui, au contraire, s'enfilait des verres de limonade. J'ai pensé qu'il devait se faire passer pour Lucky Luke. Chacun ses illusions dans l'Ouest. C'est le rêve Américain, vous savez bien.  Jack G. et moi on se demandait bien comment il finirait son doctorat en Colts. Ben, on a eu la réponse ce matin: pendu, avec du rouge à lèvres et des plumes. Une guedoune qui crie à l'aube.

Bref. 

Après la soirée au saloon et les solos de pianos endiablés, Jack et moi avons pris la route 66 vers le sud, route reconnue pour ses dangers. Avec du whisky et nos deux biceps et quart, on était prêts à en découdre avec n'importe qui....

Mais c'est à suivre dans le prochain épisode, comme dans Lucky Luke. Les cow-girls ont le sens du suspence.

mercredi 3 septembre 2008

Go Sarah, Go

Aujourd'hui, c'était la convention républicaine dans mon pays préféré.
J'ai sorti mes pancartes pro McCain.
Recousu la ligature de mes trompes de fallope.
Faut être femme jusqu'à l'utérus pour être républicaine.

J'ai même osé remettre mon foetus avorté dans mon ventre.
Just to pretend, y'all know.

Avec ma famille texane, on a regardé le discours. 
On criait tellement qu'on a juste entendu des bribes de mots:
Terrorism
Fear
Winner
Loser
Obama
Zero
Taxes
Increase
Economy
Great
Glory
America

Quand on y pense, ils ont du faire le discours comme ça. En faisant le jeu "Dis moi à quoi te fait penser ce mot". Moi, c'est comme ça que je compose mes chansons western.

Go Sarah Palin! 

Je propose que le gouvernement distribue des ceintures de chasteté et fasse des chaînes d'engrossement. Plus il a de gens en America, plus l'économie va grossir. Mais sont déjà gros, les gens du Texas. 

Aw, c'est difficile à comprendre pour une enfant, la politique. 

Mon Prince

Bon.
Les moments de félicité tombent du ciel comme les feuilles d'automne ces temps-ci.
Je me lève avec "Pussy control" de Prince.
Je sais pas pourquoi mais cette chanson éveille en moi...
Une autre sorte de cow-girl.
L'envie d'une douche froide me pousse en bas du lit.
Ouch calisse.
Envie. D'une douche. Froide. Maintenant.

"No prostitute she, but the mayor of your brain. OH! Pussy control!"

Prince est mon cow-boy. Quand il chante, son micro sent le sexe. Quand il est dans mon stéréo, mon itunes est diffuseur de phéromones. Chevauchant toutes mes envies, je regarde le téléphone mais je ne fais rien. Je ne téléphonerai pas à mon cow-boy sexuel. Que non.
Je dois aller loin de chez moi, c'est infesté de Prince. Pire que des coquerelles, je vous dit. Ses intonations résonnent sur mes murs, ses riffs s'incrustent dans mes armoires. J'ai ouvert mon garde manger et j'y ai halluciné sa guitare. Ça se mange mal au déjeuner, une Fender. Alors je me suis contentée de fond de pot de beurre de pean' et de sa musique.

Mes bottes réclamaient une promenade, requête à laquelle j'ai cédée. J'avais simplement ce besoin de m'extirper de l'univers sexuel de mon cow-boy. J'ai marché sur le désir en sortant. Il a miaulé.

Fuck.
Dehors, j'étais à Erotic city.

lundi 1 septembre 2008

Le Texas

Le club des quatre m'a convoquée, jeudi soir passé.
"Il faut qu'on se parle et que l'on réaffirme nos alliance, cow-girl"

Rah merde.
Ce qu'on ne ferait pas pour un héritage et la permission d'être hébergée.
J'accepte la proposition et embarque dans la calèche du bourgeois, accompagnée de ma soeur, Victorine et de ma mère. On va dans une demeure bien cachée, dans la forêt. Faut rouler longtemps pour trouver une forêt au Texas, surtout une qui jonche des montagnes. J'ai le soleil qui plombe mon chapeau. Comme les balles d'un Yankee dans un Indien.

Mon père ouvre la radio. C'est Johnny Cash qui s'énerve sur les ondes.  Moi j'endure en tapant avec mes bottes cloutées. Victorine n'aime pas le fait que j'aie le rythme dans la peau. J'm'en fous. Je me divertis en écoutant ses grognements et me délecte des lignes de la route qui défilent. C'est un beau papier peint, la vie sur la route. 

Une seule chose vient salir le tableau:

Les loques et carcasses des animaux sauvages. Une marmotte. Puis une autre. Un chevreuil. Une tortue, pour faire exotique. Le hasard se plaît à nous surprendre. Ah, un Petit Jérémy. Décidément, plein de carcasses. Bilan de l'aller: 7 marmottes et demi, 1 chevreuil et 14 non-identifiables.

La roulette russe ne se joue pas au casino, elle se joue sur la route.
On arrive dans le village, je guette une potentielle attaque d'Indien...Mon père me rassure:

Il n'irait pas dans un endroit qui me mettrait en danger pour aller négocier. J'aime ce petit truc bourge qu'à mon père quand vient le temps de parler business.

On entre dans le saloon le plus cher de l'endroit. Décoré finement, mais qui cuisine pour de vrai. Pas du genre " tu paies mais tu ne manges rien et tu ne goûtes rien". Le patron reconnaît mon père, petit signe de tête. Captain Williams,qu'il se nomme. Un gentleman qui manie bien l'atmosphère de son saloon puisqu'il y joue également du piano.

Échange d'usage:
"La note va bien?"
-Toujours.
"Tu nous joues un morceau ou tu nous en sert un?"
-Les deux.
"Et sinon, les affaires"
J'ai un contrat, vous ne me verrez plus dans le coin, mais seulement dans votre radio et votre télé.
"On pourra vivre avec ça, on t'aime bien. Comme 1 000 000 d'autres. Ça fait plaisir de te revoir Will"
Et Will répondit par le biais de ses doigts. Non il a pas joué de piano, il a fait un fuck you à mon père. Et mon père est revenu à notre table en riant. On a bu du whisky en famille, comme dans le bon vieux temps. Et on a négocié le contrat. 

Je me fais vieux, tu vois, qu'il me dit. Je voulais passer ces jours avec toi pour que je m'en souvienne, que tu ne sois pas que cette âme errante dans le désert de la vie. Je m'en suis voulue d'avoir pensé qu'une famille, c'est un contrat. C'est dans le sang. C'est comme la lutte cow-boy contre les indiens. Captain William est passé et nous a servi un festin. 

"Siffleu sur lit de pneu"

J'ai regardé le coucher de soleil dans les montagnes. On se sent meilleur que le soleil quand il se couche plus bas que nous. Mais surtout quand on le regarde se prosterner devant le clan qu'on formait. Plus jamais les plaines du Texas seule.

mardi 26 août 2008

C'est Moïse

Moment de félicité numéro 7

C'était peut-être parce que je m'étais levée tôt.
J'avais oublié que le soleil se levait d'un côté.
D'ordinaire, j'estimais son ascension complètement linéaire, en ligne droite.

Du genre qui se dresse fièrement, comme un viagra luminescent.
Mais non, il y a des gens qui vivent avant midi.
Bon sang. Pour une fois qu'il était bon.
Si on m'avait fait une saignée ce matin-là, les sangsue auraient été sobres.
Comme les robes des vahinés.
Le whisky, c'est comme un Indien. C'est traître.
Le Judas du foie.

L'université se dresse devant moi.
Intellos de la gau-gauche, seringues dans les toilettes et Indiens à chaque recoin.
Une contrée nouvelle, mais hostile, attendait que je la foule. 
Mais je l'ai cassée. Tant qu'à fouler quelque chose...Une fille du far-west exagère toujours.
Pour l'occasion, j'avais mis mes beaux souliers en cuir. Avec mes éperons en plomb, pour empoisonner le sang de ceux qui auraient l'honneur de s'y trouer. Y'ont fait la guerre ces éperons-là. 
Des antiquités, des 60's pour les fins connaisseurs.
Le genre de souliers qui te tracent un chemin prometteur. Du genre qui écartent les foules.
"C'est Moïse, c'est Moïse" crient les handicapés. J'les laisse fuir eux-autres.
Et les foules jouissent en entendant ces séduisants 'clac 'clac. 
Et moi je souris, avec mes yellow glasses.

Avec Jack G., on a erré dans l'université. Y marquait son territoire en pissant partout. Old school. Comme on s'écoeurait à force de traînasser dans la m'lasse intello de la place, on a fui.
On a poussé un troupeau d'impotents par terre. Jack G. et moi, on avait repéré les plus faibles, les plus gros.
On a volé leurs triporteurs.
Pour les calmer, on leur a lancé des frites. Le gras trans calme ces bebittes là.
Sélection naturelle, christ.

 La liberté s'offrait à nous. La vie à 15 kilomètre heure. Enfin!

Quand je suis revenue chez moi, après une journée des plus trépidantes, il y avait un cadeau dans mon entrée. Un chaton. J'ôte mes yellow glasses. Il était 22h.

Il est enveloppé dans la garnotte. 
Y'é tu encore vivant? 
Avec mes beaux souliers, j'lui botte deux-quinze cailloux dans le front.
Rien.
Son globe oculaire se pointe, comme une obélisque. Comme un soleil à midi.
Y'é raide.
Avec mon cure dent, j'lui tâte la pupille. 
Fuck.
Il est resté pris dedans.
Je remets mes yellow glasses pour que personne ne me reconnaisse.
Moment raté, le chaton est direct devant mon perron.

Morale: Y'a pas deux Moïse. Un chaton mort ne s'écarte pas devant moi.



mercredi 20 août 2008

Le serrurier

Moment de félicité numéro 6

Ne pleurez pas pour moi, mes journées sont pleines de moments de joie.
Vous avez le droit d'être jaloux.
C'est un de mes moments de félicité, quand les gens sont jaloux. Surtout de moi.
Tout ça pour vous raconter...

Je revenais d'un ranch éloigné où j'avais eu à me rendre pour affaires. Un ami à moi voulait que je l'aide financièrement à lancer sa compagnie d'étriers. J'ai accepté, en échange d'un calumet et d'une selle à paillettes. 

J'aurai fière allure à déambuler sur la main avec mon nouvel attirail. Je suis donc retournée à mon ranch, le soleil dans la face et les yeux bridés. Les Chinois doivent avoir eu le soleil longtemps dans la face pour être restés pognés de même. J'ai fouillé mes poches, pleines d'écus. Des osties de cennes noires. Je les ai lancées rageusement à un écureuil.

Il s'est empressé de les manger. S'il ne le dégobille pas dans les jours qui suivent, j'imagine que je le trouverai en dessous de ma rocking chair, mort, sur mon balcon. Triste destin que celui d'un écureuil.

Je fouillais mes poches pour trouver ma clé. Pas de putain de clé. Mon ranch étant une forteresse prête à résister à une attaque de sauvages, impossible pour moi d'y pénétrer. Le siège se serait avéré inutile. Tu mets tout Montréal-Nord contre mon ranch. Le ranch gagne.

Je tape dans ma porte en invoquant Jésus pis l'autre barbu. Elle s'ouvre la maudite. Ma serrure est brisée. Va falloir que je demande à un serrurier de venir. Rien ne me fait plus chier que de voir le mec arriver.

Il va être gros en plus. Il va me dire que "Y'a rien là". Il va me faire un clin d'oeil pis faire de l'attitude de serrurier. Il va gosser 5 minutes dans la serrure avec un tournevis et me faire payer 50 piasses. Je vais payer crédit et je vais me faire frauder. Pis en plus je vais oublier de payer mon compte, l'intérêt va embarquer et je vais me faire saisir.

J'aimerais quand même ça être payée 50 $ pour 5 minutes. Je prendrais ma retraite  à 23 ans.
Mais les cowgirls sont trop cool pour ça. Je veux que les gens soient jaloux pour autre chose.

Le serrurier arrive, en retard. Il faisait beau dehors. Le taux d'indiens était bas. J'aurais pu sortir. Mais non je suis restée à me torturer dans le salon. Je somnole sur ma peau d'ours. J'ai laissé une note sur la porte.

"Entrez, la sonnette ne fonctionne pas". J'ai pensé que si je mettais un bonhomme sourire sur la note, il va réparer ma serrure pour rien. C'pas vrai, ma sonnette fonctionne, c'est juste désagréable à entendre. 

Faux. C'est horripilant. Il sonne. Ça sait pas lire. Il me raconte sa vie. J'ai mal à tête, je veux qu'il parte. Il gâche ma journée et prend 50 $ en otage. Pire qu'une manigance d'Indien.

Il me fait signer un truc. Il part. 
Mon moment de joie là-dedans?
J'lui ai piqué son joli stylo.
C'est écrit Florida dessus et il y a des dophins.





"La faim du monde"

Moment de félicité numéro 5

Aujourd'hui.
Ma tête fit une rencontre des plus (extra) ordinaires.
Hier soir, votre Fille du far-west a décidé d'aller souper dans un quartier ethnique.
Quartier qui s'est limité à une inlassable et longue marche sur St-Denis.
T'sé, pour goûter la faim du monde en entier.
Avec mon repas, on aurait pu nourrir au moins 3 Éthiopiens.

Mais comme je goûtais la faim du monde, j'étais pas pour la leur laisser.
J'ai tout mangé.
Toute la faim du monde me dévorait le ventre.
Et je mettais du sel dessus en me délectant de ma gourmandise.
Je n'ai rien donné aux itinérants et au Squeegee sur la E.
Ça aurait été leur vomir leur faim au visage. Vaut mieux hypocritement tout digérer.

Avec mes deux acolytes, on a chassé les indiens et attrapé une bière sauvage.
Elle a coulé,  de ses plaies houblonnées.
Abondamment. Ensuite, mes acolytes et moi avons brouillé les pistes pour ne pas se faire retracer par les Apaches des ruelles. Nous nous sommes séparés et Jack G. est parti se perdre dans la nuit. On était pas inquiets, la lune lui tirait les cheveux. Lui, délirant, criait "Coquines" aux étoiles qui lui grimaçaient des inepties. 

Moi, intrépide, j'ai galopé sur le vent du fleuve en chevauchant un cimetière de fer défiant fièrement Montréal. Le pont était jonché de cadavres de poissons et de mouettes. Elles sont mortes en voulant manger la faim du monde. Mon chapeau me chantait des balades et je me sentais moins seule au dessus de l'eau. 

Bref. Ma rencontre extra-ordinaire s'est produite ce matin. J'avais mal à la tête et mon ranch était dans un bordel innommable. Du genre moyen-oriental. Je me suis mise à ranger mes chemises à carreaux et mes bottes dans mes tiroirs. Penche, lève, penche, lève. De la gymnastique matinale.

Moment magique? Je me suis cassée la tête sur un de mes tiroirs en me relevant. Morale de cette histoire: ne pas faire de gym pour faire passer les calories de la faim du monde. C'est trop vide.

lundi 18 août 2008

La barbe de la Dame

Dehors, c'est la pagaille.
Dame nature, vieille pingre, se déchaîne.
Comme un nègre aux chaînes de son navire.

Il y a un imperméable qui marche sur les trottoirs imbibés.
Il est impassible, l'imper. Il piétine les flaques d'eau comme un môme, mais sans y prendre de plaisir. C'est la noyade partielle et la mort ne le fait pas sourciller.

Il ne sourcille pas, il ne nez-ille pas, il ne bouche-ille pas.
J'vous dit, il est presque mort, mais il marche
Dans son poncho de spectacle de Woodstock en Beauce en plastique puant.
Une odeur de vieux pétrole le suit. 
Ses yeux sont comme des charbons. Mais ils ne sont plus bien ardents.
Dans son âme, que de la suie. La pluie a éteint son sacrament de feu il y a fort longtemps.

Dame nature, dans sa ménopause, lui pisse dessus.
L'incontinente. Si au moins la couche de smog l'avait empêchée de se déverser sur la ville.
Ça ne fait qu'une pisse de plus dans une des ruelles anonymes de Montréal.
Les itinérants mangent encore plus de merde et ne s'en plaignent pas;
Demain, quand il verront Miss Nature déverser son utérus dans l'aube, ce sera différent.

Mais dans sa ménopause et ses crises de garce, il se peut qu'un jour....La Dame cesse de menstruer le ciel.

Et alors ce sera le signe d'un mort ou d'un renouveau.
Mais ce sera sûrement différent.
Et l'imperméable cessera peut-être de marcher dans les flaques.
Immuable fantôme des rues. 
Peut-être l'ôtera-t-il, qu'en savons-nous.

Et il rasera sa barbe à même l'eau des rues.
Pour se faire élégant pour la Dame qui l'aura aspergé.

samedi 16 août 2008

Entretien avec un léopard

Le léopard pirate est un animal particulier.
Mi-femme aux goûts vestimentaires répréhensibles.
Mi-homme, mi-sauvage sous ses allures tachetées.
Mi-figue-mi-raisin incarné.
Mi-fa-sol-la-si-do si t'es plus auditif.
Le léopard pirate exige que l'on ne pète pas sur les félins, avis à tous les gras de ce monde.
Bref, j'arrive sur mon lieu de travail. Fatigue, soleil et sourire. Trio gagnant chez Mc Truc.

Dans la jungle où se cachent de féroces marmottes, les mollets se baladent, inconscients. Les goélands voguent dans les courants et hantent le ciel, comme des vautours.

Le léopard pirate, lui, règne.
Impassible au soleil, sa fourrure lui coule dessus. Il a chaud, au soleil.
Il transpire jaune et sue noir.
Sino-africain.


Dehors, dans son royaume les enfants pleurent à sa vue.
Misérables créatures sur lesquelles il crache.
Léopard pirate et son armée.
Il se flatte et jouit dans le sable.
Fait ses griffes impitoyables sur son coffre.
Déchirant sa générosité et l'offrant aux gourmands du ciel.

Ils foncent dessus et le dépècent. Pas le trésor, non. Le léopard.
Et ses tripes qui flottent au large qui l'ont vu naître.
Et sa jungle qui fête son règne achevé.
L'île est en ire en pleurs et en rire.
C'est la schizophrénie.



jeudi 14 août 2008

Jaser avec son foie

Moment de félicité numéro 1

Je suis animatrice dans un camp.
Je crie des choses enjolivées et joyeuses.
Des fois, ça me tente pas.
D'autres fois, ça me tente trop.

Aujourd'hui, je me suis donnée au maximum.
Fille du far-west plus capable aligner mots ensemble.
Fille far-west emmerde la syntaxe ce soir.
Fille far-west lessivée comme une brassée de linge bouetteux.

Je reviens chez moi, morte de ma veillée et de ma journée. 3 heures de sommeil et quelques litres de smoothies bière/vin: c'est trash. J'ai retenu une leçon hier. Penser à l'heure invite l'aube à te gratouiller les pupilles. Et c'est là que tu sais que tu y as été un peu trop fort.

Le p'tits oiseaux chantouillent et toi tu chancèles parce qu'ils ont l'air de te narguer.
"Fuck, fuck" qu'ils gazouillent du haut de leur poteau hydro. Toi t'espères qu'ils vont se poser sur un transformateur et s'exploser les cordes vocales. C'est le mauvais karma.

Bref, je reviens chez moi, l'orgeuil gros de même. Je suis contente.
Je prends mon métro et j'me rends compte que je me suis honteusement trompée de direction.
J'erre quelques heures. Je traîne ma loque puis j'arrive à temps pour souper.

Salut m'man! On mange quoi ? (les joies de vivre à la maison)
De la truite que ton grand-père a pêché.
Euh. Grand-père est mort. Il y a un an...et plus même.
"Je sais bien, le truc c'est que ta grand-mère en voulait pas alors elle nous l'a donnée"
Okay, c'est le jour ou j'ai tendance à halluciner que tu me fais manger ça. Chouette.

Grand-papa aimait pêcher plus que tout, mais avec son dos, c'était devenu impossible. Sa truite arc-en-ciel, c'était une de ses passions. Je sors le poisson du congélateur. Des truites entières. Je le revois m'expliquer qu'une truite, pour qu'elle arrête de bouger comme un épileptique, tu la prends par la queue et BIM. Sa tête sur le rebord de la barque. Clic. Le couteau et les abats.
Moment de joie. Moi, je jase avec son foie et ce qui semble être un estomac. Je joue avec à l'insu de grand-père, pendant qu'il place ses vers.

Et je mange cette truite 1 an plus tard, et je suis entrain de sacrer contre Jésus, contre la France, contre les grosses qui me transpirent dessus dans le métro.

Le filet de truite était délicieux. Mon grand-père aurait été fier de moi.

Blague de viande

J'ai toujours la chance de vivre des moments de félicité.
Même les pires en font partie. 'Faut pas se leurrer dans l'histoire, plus elle est horriblement compliquée et délicieusement moche à raconter, plus je l'aime.

Le malaise de ma vie devient une épopée burlesque à mes yeux.
Égaye mes soupers de famille. Remet le sourire sur la mine déconfite d'un copain.
Se complaire dans la merde à toujours été un sport national d'enfants de bourges.

Avec le temps, j'ai développé ce radar à merde, à situations hors-de-contrôle.
Le genre de moment de félicité qui te fait halluciner. Du genre qu'il te fait péter 2-3 plombs et qui fait que la tapisserie de ton cerveau se retrousse pour te glisser à l'oreille:
"What the fuckin' fuck?"

Et le moindrement qu'on s'en câlisse, tout cela devient un divertissement non câblé.
Fuck Vidéotron. Fuck TVA(gin) -où naissent les émissions télé les plus débiles-, mes moments de félicité les battent tous. Et ça se passe près de chez-vous. Homemade, comme une tarte aux myrtilles de Grandma avec 2 verrues dans l'front. Y'a même un ptits vieux qui mâche une chique avec ses gencives. Il se balance sur une antiquité, devant la fenêtre pour qu'il voie les vaches.

Petite Parenthèse à tendance obèse au sujet de la politique sur mon blog: Je ne ferai pas de politique télévisuelle sur ce blog. Ça me fait déjà chier de l'étudier. Ici je prône la légèreté et j'encourage l'autisme. Faire un blog engagé a ce petit quelque chose de: je-dis-mon-opinion-dont-tout-le-monde-se-contre tab-et-je-suis-citoyen. On s'en fout.
Fin de la parenthèse.


Empoignez vos ponpons et scandez-moi des ôdes à Petit Jérémy. S'il-vous-plaît.
Bref, si vous êtes avides d'histoires à tendance non-pédagogique, là où la réforme scolaire n'a eu aucun effet, visitez-moi à l'occasion. Je vais même faire le ménage.

Ça risque d'être saignant.

Ou medium. Blague de viande.